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Avec la sécheresse, faut-il s'inquiéter pour les sources des eaux minérales?

Alors que la France traverse une sécheresse inédite, certaines nappes phréatiques affichent des débits particulièrement réduits.

Coup de chaud sur les nappes phréatiques françaises. Avec les épisodes de canicule, certains villages manquent cruellement d'eau, au point de devoir rationner la consommation pour les habitants.

En réalité, le manque d'eau n'est pas lié à la sécheresse actuelle mais au manque de précipitations l'hiver dernier. Car c'est bien à cette période que les nappes se rechargent. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la situation de février dernier était équivalante à un mois de mai, soit un déficit clair dans la plupart des régions.

Les pluies de juin "ont principalement permis d’humidifier les sols et bénéficié à la végétation mais elles ne se sont que peu infiltrées en profondeur vers les nappes sauf très localement" souligne le BRGM.

Paradoxalement, la sécheresse actuelle ne menace pas l'industrie de l'eau minérale. "Les sourciers et les minéraliers travaillent avec des nappes qui sont des aquifères profonds et qui, du coup, ne sont pas liés aux aléas climatiques au-dessus", explique sur BFM Business Antoine Cardon, délégué général de du Syndicat des Eaux de Source et des Eaux Minérales Naturelles (SESEMN).

15 ans pour arriver jusqu'à la nappe

Contrairement aux nappes exploitées pour le réseau et pour l'agriculture, l'eau destinée aux bouteilles met des années à être exploitée. Celle puisée par Evian (groupe Danone), compte tenu de l'imperméabilité des sols de la région, met au moins 15 ans avant de pouvoir être finalement captée.

"Aujourd'hui, il n'y a pas de baisse de niveau dans nos nappes", renchérit Antoine Cardon, qui précise qu'il est "hors de question d'aller prélever plus que ce que la nappe peut nous offrir."

Effectivement, c'est l'Etat qui détermine la quantité d'eau qui peut être prélevée. "Nos prélèvements sont actuellement inférieurs de 20% à l’autorisation de prélèvement qui nous est accordée (279,5 m3/heure)" affirme Evian, dans un communiqué relayé par Le Monde. "Face à ces épisodes de sécheresse, nous continuons à rester très vigilants."

Il n'empêche, certaines sources sont dans un état préoccupant depuis des années. C'est notamment le cas à Vittel. Exploitée par Nestlé, cette eau provient de deux nappes dont l'une est notoirement en déficit. L'entreprise, qui représente 20% de son exploitation, s'est engagée à réduire ses prélèvements pour accélérer le retour à l'équilibre de cette source.

Décalage de temps

Dans le Puy-de-Dôme, c'est Volvic (propriété de Danone) qui inquiète. "La réserve de la nappe de Volvic baisse. Des études l’ont montré", explique à TF1 Emmanuel Gérardin, le directeur de la Société des eaux de Volvic. "Nous sommes régis par des autorisations qui sont nommées pas l’État, qu’on a toujours respectées. Cette autorisation a évolué. Elle a été réduite cette année".

En l'occurrence, c'est plutôt le changement climatique qui pèse sur ces sources. Car si la sécheresse actuelle n'a pas d'impact direct sur le niveau des nappes exploitées, elle l'aura à terme, surtout si les épisodes caniculaires se multiplient.

Une situation qui finira bien par réduire l'exploitation tandis que les agences publiques devront trouver de nouveaux moyens pour faire face à la baisse des niveaux des nappes peu profondes. Une solution serait notamment de recycler les eaux usées, un secteur où la France a accumulé beaucoup de retard. Mais une telle solution sera mécaniquement plus chère. Tout comme l'eau...

Thomas LeroyJournaliste BFM Business